festival de la saint narcisse tout bien réfléchi

CROK QUI

Chronique du 07 Nov 2014. "Festival de la Saint Narcisse: Tout bien réfléchi"

Celui-là nous étire comme en géants filiformes ; celui-là nous ondule en vagues anthropomorphes ; celui-ci nous dédouble en jumeaux siamois ; celui-ci nous rapetisse en nains obèses : traverser une galerie de miroirs déformants est une expérience ludique à tout âge. Se découvrir monstre grotesque ou chimère évanescente d'une surface à l'autre surprend chacun de nous. Malgré les déformations provoquées par les miroirs farceurs, on se reconnaît et on cède à la fascination pour cette image qui porte nos vêtements, qui reproduit nos gestes, et qui imprime à notre visage une grimace inconnue.

L'originalité du festival de la Saint Narcisse réside dans cette proposition : traverser la ville de Nice comme une galerie de miroirs déformants. Des œuvres de tous genres et de toutes disciplines, disséminées dans des endroits inhabituels, présentent au spectateur des reflets dans lesquels il peut, à sa guise, se reconnaître ou s'ignorer, se trouver ou se rater. Tour à tour joufflus, ventrus, globeux, lisses, dégonflés, aplatis, distendus, bouclés, gondolés, les reflets se succèdent et s'assemblent dans un vaste kaléidoscope spatial et temporel, allant de la rue Défly, sous occupation esthétique lors de la nuit d'ouverture du mercredi 15 octobre, au parcours final en seize étapes du mercredi 29 octobre, à faire à pied, à roues ou en tram, dans l'ordre que l'on veut, en zappant ou en calant.

Si l’œuvre est une surface réfléchissante offerte au regard du spectateur, j'ai aimé me reconnaître dans les planches anatomiques tricotées de Stéphanie Lobry, dans les lapins cavaleurs et hallucinés de Véronique Champollion, dans les fonds de tiroirs ornés de figures naïves de Jo Guichou, dans les lectures vibrantes de Jean Jaurès par Karla Paslac, dans le renversement du seau de fils de Sandrine Sagot, dans les poupées serpents de Sonia Grdovic, pour ne citer que quelques-unes des artistes présentes pendant ces dix jours. À tous ceux qui en doutent, le festival de la Saint Narcisse prouve que l'artiste n'est jamais mieux que dans l'impureté du réel auquel il tresse son délire, fût-ce un délire de pur idéaliste. Un cône, un cube, un globe, un cylindre, une sphère, une bouteille, une goutte, une onde : toutes les surfaces sont bonnes à polir pour les artistes réfléchissants.

 

Amandine Brûlée

 

Autre article chez les UDM en double Fatra :http://www.lesurbainsdeminuit.fr/coups-de-coeur-et-autres-coups/4808

Elle se balade, squat vos soirées, s’incruste dans les évènements culturel, s’assoit dans un coin, vous observe, sort son carnet et son stylo et avant même que vous ayez pu dire « petit fourre » elle vous aura croqué et vous finirez dans sa chronique.

Amandine Brûlée ne mort pas, elle croque.

 

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