Fetoch In&Out - Par le trou de l'écran

CROK QUI

Chronique de Mai 2015 "Fetoche In&Out: par le trou de l'écran"

Avec un briquet, on ouvre une canette. Avec une clef, on ouvre un porte. Avec un couteau, on ouvre une huître. Et un esprit, avec quoi l'ouvre-t-on ? Pour les Ouvreurs, ce sera avec des films. Depuis sept ans, cette association s'emploie à modifier les représentations qui stigmatisent les minorités sexuelles par l'intermédiaire d'un festival de cinéma LGBT. Parce que nous ne pensons pas qu'avec des mots, mais aussi avec des images, il est important de montrer ce que l'on est encore trop souvent contraint de cacher. L'écran de projection révèle les sexualités du secret, du silence et de la honte, et leur donne un nouveau rayonnement.

Pour la séance inaugurale de cette septième édition du festival In & Out, ce jeudi 30 avril 2015, les Ouvreurs ont choisi de projeter Zomer, un long métrage néerlandais sorti en 2014. C'est l'histoire d'une ado introvertie qui vit dans un village de beaufs, au pied d'une centrale nucléaire. Un été, son frère quitte le foyer familial pour s'installer dans le cabanon du jardin : c'est le début d'une crise d'adolescence qui va contaminer tous les gamins les uns après les autres. Ils fument, ils boivent, ils font du bruit et ils expérimentent l'esprit de contradiction. Alors que les joies de la baise commencent à faire irruption dans leur vie, l'héroïne s'aperçoit qu'elle est plus émue par les cuisses blafardes d'une amie qui galope à cheval que par la lèvre supérieure velue d'un boutonneux qui vient s'asseoir sur sa serviette de plage. Le jour où une étrangère débarque dans le village avec sa moto et son pantalon de skaï, les frontières de son univers mental achèvent de voler en éclat.

S'il se déroule dans un paysage d'Europe du Nord, où les acteurs ont la peau aussi laiteuse que les cheveux, ce film n'en fait pas moins échos aux mutations que traversent la société française, notamment avec la loi du mariage pour tous. De fait, nous sommes nombreux à nous être reconnus dans les personnages de ces ados tiraillés entre leurs désirs immenses et leurs moyens réduits. Nous aussi nous ressentons le besoin de faire bouger les frontières de la normalité. Nous aussi nous nous impatientons de l'immobilisme d'une société gouvernée par des vieux qui se cramponnent à des choix toxiques (dont la centrale nucléaire de Zomer est le parfait symbole). Nous aussi nous avons besoin d'un grand courant d'air frais qui nous emmêle les cheveux. Les Ouvreurs, en trouant l'écran des image d’Épinal, participe de ce renouvellement de l'atmosphère.

 

Amandine Brûlée

Elle se balade, squat vos soirées, s’incruste dans les évènements culturel, s’assoit dans un coin, vous observe, sort son carnet et son stylo et avant même que vous ayez pu dire « petit fourre » elle vous aura croqué et vous finirez dans sa chronique.

Amandine Brûlée ne mort pas, elle croque.

 

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