Galerie du lundi

CROK QUI

Chronique du 27 Juin 2014. "Galerie du lundi : Une hétérotopie sur le cours Saleya"

 

Tous les lundis, sur le cours Saleya, Mauro Alpi trace les contours d'une enclave qui échappe à la définition simple. Avec un sens prononcé du bordel esthétique, il fait se côtoyer les choses, les œuvres et les humains les plus disparates.

Quand il débarque sur le marché des antiquaires du cours Saleya, il y a environ vingt-cinq ans, c'est d'abord avec l'idée d'y faire fumer des meubles et d'autres objets détournés pour une performance qu'il veut faire durer quelques mois. « Ça fume mais ya pas le feu », ainsi exprime-t-il son agacement vis-à-vis de toute une population de pseudos-incendiaires qui n'hésitent pas à révolutionner l'ordre établi en bavardages mais jamais en actes. Le rendez-vous hebdomadaire qu'il se donne avec le public du cours Saleya finit par attirer les copains du squat de Saint Roch et les frontières de son espace s'ouvrent aux artistes de toutes les disciplines. Lorsque les placiers du marché viennent lui demander de se conformer un peu plus à la vocation officielle du cours, l'expérience évolue encore. Tenté par la possibilité de gagner avec la vente d'une assiette ce qu'il gagne d'habitude avec une journée de peinture en bâtiment, il se met à brocanter, sans pour autant perdre de vue la vocation artistique de son terrain de jeu. « La Brocante de l'art contemporain », renommée « La Galerie du lundi » lorsqu'elle change d'emplacement trois ans plus tard, est une fête qui recommence toutes les semaines pendant presque dix ans. Au nombre de ses multiples invités, on compte Art Mobil, Art Metro, Babani, Bardet, Bataillard, Benkler, Big Ben, Brandi, Calassi, Chaix, Champollion, Chibane, Colorado, Dachi, De Domenico, Deschateaux, Eli, Ferrari, Gallo, Geza, Giovanetti, Guichou, Grdovic, Kalam, Kristof, Künzli, Lagala, Laveri, Legrand, Lemalin, Les Têtes de l'Art, Leung, Maubert, Moya, Museo Theo, Nux Vomica, Pastorelli, Saké, Serge III, Serée, R . Soardi, Tamo, Tomek, et Ultra Violet, pour ne nommer qu'eux.

En 2002, une grande rétrospective est organisée à la galerie de la Marine. Mauro éprouve alors l'impression que les heures les plus folles sont désormais écoulées. L'expérience s'institutionnalise, le mouvement se fige et l'enthousiasme baisse. Il faut attendre l'arrivée de Géraldine Bianco, amie de longue date, antiquaire et galeriste parisienne récemment installée dans le sud, pour que l'entrain soit réinjecté dans l'aventure. C'est sous son impulsion qu'une deuxième grande rétrospective est organisée à la galerie Maud Barral, en avril 2014. Dans la foulée, « La Galerie du lundi » est rebaptisée «Le Clou du lundi», et les artistes de toutes générations s'y succèdent pour l'enfoncer.

Plus que jamais, le lieu existe pour qu'il s'y passe quelque chose de différent, à l'instar de ce que Michel Foucault appellerait une «hétérotopie». Si Alpi est aussi bien installé dans l'univers de l'art que dans le cours Saleya, il s'efforce d'organiser son petit monde du lundi selon d'autres règles. La plus importante de toute est l'ouverture. Grâce à elle, l'expérience reste collective, les artistes les plus différents se mélangent, et les œuvres s'aident mutuellement pour jouer avec le regard. Héritage de 68 ? Mauro Alpi en a gardé l'espoir et l'esprit de résistance. Au milieu de ses petits trésors réels et imaginaires, il continue d'en répandre la fumée.

 

Amandine Brûlée

Elle se balade, squat vos soirées, s’incruste dans les évènements culturel, s’assoit dans un coin, vous observe, sort son carnet et son stylo et avant même que vous ayez pu dire « petit fourre » elle vous aura croqué et vous finirez dans sa chronique.

Amandine Brûlée ne mort pas, elle croque.

 

Visitez son blog (public averti)

 

Lisez ses articles dans le web journal des Urbains de Minuit.