Esope partie 1

La rubrique Noologique

Chronique du 07 Novembre 2014: "Esope - Partie 1"

ESOPE RESTE ICI ET SE REPOSE

 

 

LUNDI: Le réveil sonne, le cadran affiche 7:00

Esope ouvre les yeux et voit un plafond. Il se lève, abandonne la station horizontale au profit de la verticale. Machinalement, son corps le traine jusqu'à la salle de bain. Posté devant le lavabo, Esope commence son petit rituel de début de journée.

Il se mouille la figure d'eau froide pour y balayer les dernière marques du sommeil, se

regarde dans la glace face à lui, réfléchit.

Il reprend alors doucement conscience de cette réalité et de lui même en son sein. Une fois habillé, Il mange un rapide et frugal petit déjeuné, passe la porte de chez lui, et part à son travail: agent de service photocopieur dans une grosse imprimerie.

Cette porte ne se rouvre que quelques dix heures plus tard.

Esope s'en retourne enfin chez lui, un appartement moyen, dans un quartier moyen pour classe moyenne. Il retire ses chaussures, se délasse, s'effondre sur le canapé, allume cette conne de télévision, mange un plat sorti du micro-onde, se laisse traverser par le grand vide de son quotidien, puis fini par aller se vautrer dans son lit insensible, il s'endort comme mort.

 

 

NUIT DE LUNDI à MARDI: Rien.

 

 

MARDI: Le réveil sonne, le cadran affiche 7:00

Esope ouvre les yeux et voit un plafond. Il se lève, abandonne la station horizontale au profit de la verticale. Machinalement, son corps le traîne jusqu'à la salle de bain. Encore une fois, il procède à sa petite cérémonie matinale, ses rétines encore toutes embuées de vapeurs de dormi. Il trébuche, s'énerve, peste contre la gravité puis contre lui même et arrive enfin devant son miroir. Il observe son reflet se sécher en parfaite simultanéité dans le cadre de la glace. Il s'habille et contemple une dernière fois son reflet qui le contemple aussi avant de partir à son improductive tâche rémunérée.

Il revient chez lui dix heures plus tard. Exténué, il s'écroule sur le canapé et allume la télévision qui lui anesthésie l'esprit pendant que le micro-onde lui réhydrate un plat aussi express qu' insipide. Il mange et inéluctablement s'endort mal sur le sofa sous le regard sévère d'une solitude silencieuse.

 

 

NUIT DE MARDI à MERCREDI: Esope ouvre les yeux et voit la lumière stroboscopique d'une télévision qu'il ne tarde pas à éteindre. Ayant dormi de façon plutôt incongrue, il étire chaque articulation de son corps engourdi. Il regarde l'heure; il est 5h.

Esope, contre toute attente, décide de ne pas aller terminer la nuit dans son lit et profite de son avance sur le réveil-matin pour faire ce qu'il n'a pas fait de puis longtemps: il va à la boulangerie du coin et se procure un solide petit déjeuné. Dans la rue, un calme crépusculaire règne. Il revient chez lui et constate que ce calme crépusculaire a aussi investi son appartement et puis aussi sa propre tête. Il mange les viennoiseries encore chaude, pendant que les volutes du café dansent devant son nez. Esope jouit de cet instant que lui offre ce si particulier petit-matin. Il ressent là le besoin de décrire cet instant en l' immortalisant sur une feuille de papier. Il se renvoie ses pensées avec de l'encre, s'hypnotise par l'écriture, comme si le stylo n'était plus que le prolongement résiduel de ses pensées, de son cerveau, de ses veines,enfin de son cœur dont il se souvient l'existence. Le temps n'est plus. Esope ne le sais pas encore mais il vit un pur instant de bonheur. Car le bonheur, lira-t-il plus tard sur ce papier, c'est être plus jusqu'au prochain ici-et-maintenant.

 

 

MERCREDI: Le réveil sonne, le cadran affiche 7:00.

Esope s'arrête d'écrire, pose son stylo, se lève de la chaise et péniblement, reprend le rythme habituel et annihilant de son quotidien.

Donc, comme six fois par semaine à la même heure, Esope se retrouve posté devant sa glace pour procéder à ses ablutions préprogrammées.

Le voilà qu'il se sèche en prenant conscience qu' il vivait une heure plus tôt un moment de bonheur.

A cette pensée, il croit voir son reflet lui faire un subtil clin d'œil sans qu'il sentît cligner pour autant sa propre paupière. Un grand doute le traverse. Ça lui change du vide. Il fixe son reflet droit dans les yeux, immobile et scrute. Il se passe alors encore de l'eau sur le visage pour remettre son esprit au clair et n'accorde bientôt plus de crédit à cette petite hallucination. Ainsi, comme d'habitude, il part à son travail et revient chez lui dix heures plus tard, mentalement fatigué de toutes ces photocopies à répétitions cycliques et redondantes.

Posées tranquilles et modestes, les feuillent fraîchement griffonnées de ce matin existent. Il les relit et ce faisant cette journée passée-vie de plus passée lui semble alors moins entropique et il sait à présent quelle dimension essentielle manque à son existence. Une autre vie: pour et dans un autre monde.

N'empêche qu'il est fatigué. Il se couche. Avant de s'endormir, il repense encore une fois

au dernier crépuscule puis au léger mirage réfracté dans la glace. Il s'endort un peu perplexe.

 

 

NUIT DE MERCREDI à JEUDI: Le réveil ne sonne pas, le cadran affiche 00:01

Maintenant Esope, bien endormi au creux de son lit se rêve ailé: si bien qu'il vole, flotte et danse avec ce qui pourrait être son parfait jumeau. Il fixe son regard d'ambre puis l'entité identique l'agrippe brutalement par les épaules comme s'il voulait ses bras aux siens, pour un étreinte fusionnelle.

Esope se réveille alors d'un seul coup en position assise sur son lit, les yeux grands ouverts sur l'obscurité qui règne en silence dans cette chambre.

Un sentiment étrange fait battre son coeur. Il s'allonge à nouveau et peu à peu se rendort car il sait que se coucher tard nuit.

 

A suivre...

Achille Morio

 

 

Non vous n'êtes pas perdus dans les méandres du cosmos (si... peut être un peu), vous être dans la chronique d''Achille Morio, peintre d’œuvres photo-luminescentes cherchant, dans les luisances nocturnes, les effets de l'ame qui l'anime et de la conscience collective neguentropique, qu'il s'efforce d'honnorer et d'enrichir au mieux.

 

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