De l'abstrait pour figurer le figuratif

La rubrique Noologique

Chronique du Ven. 21 Mars. 2014: "De l'abstrait pour figurer l'infigurable"

DES PEINTURES ABSTRAITES POUR FUGURER L'INFIGURABLE.

 

La Nature ne créé pas ses formes selon des modèles déterminés de l'extérieur d'elle même (personne ne saurait dire d'ailleurs si cette Nature infinie possède vraiment un extérieur). Elle fait pousser un arbre, se mouvoir un chat ou déforme un nuage selon une nécessité qui lui est propre et dont la source secrète semble parfaitement Intérieure. La forme de l'Homme lui-même en est issue.

Dans son rapport à la Nature et à ses dynamiques inquiétantes, l'Homme expérimente le sentiment esthétique dans le spectacle du sublime naturel. L'art semblerait être issu de cette expérimentation en appelant le monde et la conscience de l' Homme d'être en lui; fragment mortel réduit aux conjurations dérisoires dans une poignée de «traces».

Lorsqu'il questionne les mystères infinis qui l'entourent, l'Homme devient artiste car

l'art donne l' impression d'une possibilité de pont entre la clarté du réel immanent et

l'obscurité d'un monde transcendant.

La peinture représente un effort pour voir et faire voir ce que devient et exige le peintre dans le cadre des apparences.

 

Pourquoi chercher à voir?

L' histoire du monde vivant se ramène à l'élaboration d'yeux toujours plus parfaits au sein d'un univers où il est possible de discerner toujours d'avantage. La perfection d'un animal, la suprématie de l'être pensant ne se mesurent elles pas à la pénétration et au pouvoir synthétique de leur regard?

Chercher à voir plus et mieux n'est donc pas une fantaisie ou un luxe! Voir ou périr !

Les écailles tombant de ses yeux, l'artiste découvre qu'il n'est pas un élément perdu dans les solitudes cosmiques mais une volonté de vivre et un désir de voir qui convergent en lui.

Un intérieur lui apparaît ainsi par une déchirure au coeur même des choses. Le moment est donc venu de se rendre compte qu'une interprétation du monde doit, pour être satisfaisante, couvrir le dedans aussi bien que le dehors, l'esprit aussi bien que la matière.

Le monde, dont le peintre transporte, où qu'il aille, le centre de construction, entre par son oeil béant. Le monde du peintre est un monde visible, rien que visible. La peinture réveille et porte à sa dernière puissance un délire qui est la vision même, puisque voir, c'est avoir à distance et que la peinture étend cette bizarre possession à tous les aspects de l' Etre, qui doivent d'une façon ou d'une autre se rendre visible pour entrer en elle.

 

De l'oeil jusqu'à la main, le peintre distille le réel par son corps alambic.

 

Le peintre voyant-visible s'est donc vu confronté à un monde multiforme. Cet entendement face aux choses de la nature et de la vie sont autant de ramifications et d'embranchements multiples comme les racines d'un arbre. Des racines affluent les sèves qui pénètrent le peintre tout entier jusqu'à ses yeux.

 

Wassily Kandinsky, Composition n°8, Huile / toile, 140/201 cm, 1923, conservée au Guggenheim Museum, New York, USA.

Le peintre est le tronc de l'arbre. Assailli et ébranlé par la force de ce courant, il prolonge et réalise dans son oeuvre ce qu'il lui a été donné de voir.

De même que le feuillage d'un arbre se déploie en couronne dans le temps et dans l'espace, de même se déploie l'oeuvre du peintre. Il ne fait rien d'autre que de rassembler dans un tronc central et de mener à terme

tout ce qui surgit des profondeurs.

Il ne sert, ni ne domine, il se contente de transmettre. Il occupe une place véritablement modeste. La beauté du feuillage, il n'en est pas directement responsable; elle est simplement passé par ses mains.

Personne n'aura jamais l'idée d'attendre de l'arbre que ses racines soient en tout point semblables à ses branches et son feuillage comme un fidèle reflet donné d'un miroir. La peinture abstraite cherche à synthétiser le regard tourné vers l'extérieur et celui tourné vers l'intérieur.

Le peintre abstrait n'accorde pas aux apparences l'importance coercitive que lui concède les réalistes; il attache plus d'importance aux forces qui créent la forme qu'à la forme finale elle même. Cette aptitude de se mouvoir sur les chemins de la création qu'offre la nature,

permet à l'artiste de se mouvoir jusque dans son être le plus profond et d'en faire jaillir des formes nouvelles qu'il était impossible de voir à l'oeil nu. Comme si le peintre avait observé le dedans de lui-même au moyen d'un microscope ou encore d'un télescope.

Cette observation témoigne d'une revendication pure et simple de la liberté d'être aussi mobile que la nature elle même.

Par la pratique de la peinture abstraite, je cherche à percer l'enveloppe externe des choses pour pénétrer en leur sein, et dans les coulisses du monde, y découvrir alors mon propre intérieur (étant moi-même produit naturel de ce monde).

Enfin je vois que je ne suis qu'un fragment d'une géométrie fractale dont la Beauté surpasse tout, si ce n'est l'Amour (allé...).

 

Achille Morio.

 

Non vous n'êtes pas perdus dans les méandres du cosmos (si... peut être un peu), vous être dans la chronique d''Achille Morio, peintre d’œuvres photo-luminescentes cherchant, dans les luisances nocturnes, les effets de l'ame qui l'anime et de la conscience collective neguentropique, qu'il s'efforce d'honnorer et d'enrichir au mieux.

 

A part être un mot bizarre pour embêter la rédac' chef, la "Noologie" pourrait être considérée comme l'étude de l'esprit.

Le mot est dérivé des mots grecs νοῦς (noüs, « l'esprit »[c'est marrant on dirait "nous" ou encore "no us"...] ) et λόγος, logos, le discours), par analogie lexicale avec "géologie" et «biologie» par exemple.

Ce néologisme nous vient de Pierre Teilhard de Chardin , jésuite, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe français.