Du nombrilisme

Rendre à ces arts ce qui

appartient à ces arts.

Chronique du 05 Octobre 2014 "Du nombrilisme".

Narcisse, toi qui dans ton reflet se noie, qui par amour de soi, gaspille sa vie sur la roche nue, les dieux t'offrent une fleur. Elle porte ton nom, nourrie par ton sang. La nymphe te pleure et le poète d’idolâtre. Qui aujourd'hui pourrait en dire autant ? Qui, tant amoureux de son image qu'il s'en meurtri, peut se voir offrir la grâce divine ? Sommes-nous maudis, nous qui passons notre temps à explorer les moindres recoins de nos nombrils, de ne pas recevoir aussi le privilège d'être pleuré par les créateurs d’ambroisie ? Sommes-nous oubliés de l'olympe ? Ne passons-nous pas assez de temps recroquevillés sur nous-même, s'enroulant et s'enroulant, la tête dans le bide, jusqu'à devenir escargot ? Sophie Roze, pourrait-elle décrire l'espace intérieur de chaque narcissique qui se fait aspiré par son propre nombril ? Que dirions-nous si nous vivions nous aussi la même expérience que Joseph ?

 

"Les escargots de Joseph" Extrait.

 

Joseph, petit garçon replié sur sa petite personne, se regarde naïvement le nombril qui l'aspire, l'emmenant dans un monde étrange, peuplé d'inquiétant personnages, se regardants tellement la panse qu'ils s'enroulent comme des escargots. Un petit bijoux d'animation en 12 minutes, créé en 2009 par la réalisatrice Sophie Roze.

Petites marionnettes de papier, le décor de ce premier court métrage pourrait tenir sur le plan de travail de ma cuisine. Nominé au festival du film Lama en 2011, la réalisation est un projet mené lorsque Sophie était encore à l’école de la Poudrière à Valence. Une vision poétique du nombrilisme ponctué par cette part d'ombre qu'il y a, à ne se concentrer que sur soi.

 

Se regarder le nombril, finalement ça n'induit que soi. Peut importe aux autres si l'on ne souhaite converser qu'avec sa bedaine, les gens finirons par s'en lasser et se désintéresser. Bien évidemment ce n'est pas le nombriliste qui trouvera des solutions pour mettre fin aux guerre mais finalement ce ne sera pas lui non-plus qui y prendra part. Non le nombriliste n'est pas dangereux s'il ne conçoit le monde qu'à travers son nombril. En revanche ce qu'il y a de plus inquiétant, c'est le nombriliste qui se croit le nombril du monde.

 

NLF

 

Bienvenue dans la chronique de Nydenlafée, artiste peintre, illustratrice et plasticienne niçoise.

Ici, on rend à ces art ce qui appartient à ces art, vous l'aurez compris, votre hôte parle d'art et donne surtout son point de vue.

Nydenlafée, rédactrice en chef du fanzine l'artocrate, n'aime pas poser ses pieds nus sur le tapis de bain mouillé, elle voue un culte au thé et au café et aime palabrer pendant des heures sur des sujets alambiqués.