renaissons de vanité

Rendre à ces arts ce qui

appartient à ces arts.

Chronique du 05 Sept. 2014 "Renaissons de vanité".

Pour renaitre il faut d’abord savoir tuer son soit. Le phœnix doit se consumer afin de renaitre de ses cendres. Le supplice de Savonarole au bucher sur la place de Florence a marqué la fin de l’obscurantisme moyenâgeux. La fin d’un monde annonce la naissance d’un autre, une éternelle renaissance, boucle temporelle et spirituelle qui rythme de ses cycles la volonté de construire autre chose. Une année se termine, une autre commence.

L’adolescent tue symboliquement la représentation de l’autorité, dictatrice de l’enfant impuissant, tuant ainsi symboliquement l’enfant qu’il était afin de devenir adulte. L’un meurt pour que l’autre vive, c’est dans l’ordre naturel des choses. La mort n’est pas une fin en soit et n’est pas l’image de la destruction, elle est une aude à la vie.

Si personne ne mourrait nous serions trop nombreux et c’est là que la destruction s’installe, la destruction pour autrui, l’auto destruction par celle de l’autre et par celle de l’environnement, du biotope, du placenta. L’immortalité doit être une renaissance qui passe par la mort de soit, c’est le seul chemin possible.

Pour illustrer cette renaissance, j’ai choisi la nouvelle œuvre de Michel Ogier, artiste peintre maniériste et visionnaire contemporain, qui voit dans l’onirisme l’expression d’un monde tangible. « Les restes du poète », une huile sur toile de 92 sur 60 cm, récemment postée sur son blog http://michelogier.blogspot.fr/ , illustre à mon humble avis, parfaitement cette idée de renouveau, de renouvellement des choses, de l’idée de fin pour une renaissance perpétuelle et naturelle.

L’artiste y illustre sa propre chute, son dernier souffle, à travers un autoportrait macabre et pourtant, tellement vitale pour d’autres qui se nourrissent de ce qu’il laisse de lui-même.

Un penseur meurt, laisse une trace de sa réflexion, d’autres se construisent de ses mots, se penchent sur de nouvelles interrogations, meurs à leurs tours après avoir transmis leurs idées à d’autres, cætera et cætera, perpétuant ainsi la grande chaine de l’évolution de la pensée.

Si nous mourrons c’est pour s’élever, sans forcement poser la question de l’au-delà ni de l’existence divine ou non. Si nous mourrons, c’est pour s’élever, en collectivité, permettre à l’autre de grandir et d’avoir un futur. C’est un constat, un rapport de fait, chacun et libre d’y ajouter son propre rapport individuel avec la spiritualité.

Certes cette idée est une vanité. Ce tableau est une vanité. Représenter sa propre mort est une vanité. C'est à la foi une vanité en tant que péché et une vanité en tant que nature passagère et "vaine" de l'être humain sur terre (l’Ecclésiaste, Ancien Testament : vanité des vanités, tout est vanité), même si à l'origine la vanité est une nature morte.

 

Il est difficile de s’oublier et de laisser son égaux de côté, après tout, nous vivons avec nous-mêmes avant de vivre avec les autres et c’est l’existence des autres qui fait celle de soit. Il est donc naturel de vouloir laisser une trace de nous chez les autres. Comme la mère qui transmet son savoir à son enfant. Transmettre c’est se renouveler, c’est mourir et renaitre.

 

NLF

 

Michel Ogier "Les restes du poète"

"Les restes du poète", Michel Ogier, huile sur toiles, 92/60 cm

Nydenlafée - Renascibilitas

Renascibilitas - vulgaire stylo sur papier quelconque - Nydenlafée

Bienvenue dans la chronique de Nydenlafée, artiste peintre, illustratrice et plasticienne niçoise.

Ici, on rend à ces art ce qui appartient à ces art, vous l'aurez compris, votre hôte parle d'art et donne surtout son point de vue.

Nydenlafée, rédactrice en chef du fanzine l'artocrate, n'aime pas poser ses pieds nus sur le tapis de bain mouillé, elle voue un culte au thé et au café et aime palabrer pendant des heures sur des sujets alambiqués.