Rendez-vous avec l'étrange

Rendre à ces arts ce qui

appartient à ces arts.

Chronique du 24 Janv. 2014 "Rendez-vous avec l'étrange"

C’est en allant me balader du côté de la Rue Oscar II à Nice, que j’ai rencontré Vdrey et Schultz. Le duo d’artistes avait été programmé pour une représentation à la Friche. Leur performance m'a fait l’effet d’une énorme claque en pleine poire.

 

Sur musique électro indus de Schultz, Vdrey, aux jambes démesurément longues, avait simulé sur scène un avortement sanguinolent en jouant avec ce qu’il semblait être des poches d’hémoglobine cachées sur son corps. Une vision proche du blood art, un mouvement qui né à Londres dans les années 90, où des artistes peignent avec leur sang pour exprimer une réalité tangible que la société se refuse à voir.

 

Vdrey et Schultz, artistes niçois, se rencontrent en 2002 et ne s’arrêtent pas à la simple histoire d’amour. Lui, mix de l’électro indus et cherche à casser l’image du Dj planté derrière son ordi. Elle, peintre et photographe, veut faire évoluer son art au-delà de la simple catharsis. Le projet né en 2006, ils font leur première représentation à Genève lors d’un réveillon du jour de l’an sur le thème du fétichisme. L’alchimie opère, ils multiplies les shows et font évoluer leurs performances sur la scène gothique berlinoise et suisse. De nouveaux médiums comme la vidéo et l’introduction de travaux en commun avec d’autres artistes viennent diversifier le spectacle. Chaque représentation est unique et différente des autres mais une chose essentielle perdure, lui ne sait jamais ce qu’elle va faire et la mise en scène reste toujours très sombre. A tel point que seul les porte des milieux SM et gothiques leurs sont accessibles.

 

En France, le publique s’ouvre avec difficulté, les lieux d’émulsions artistiques et culturels demeurent frileux face à une proposition de performance si trash, ce qui n’est pas le cas de l'Allemagne ni de la Hollande. Il faut dire que le message abordé est difficilement appréhendable pour des gens bien sous tous rapports. Dans un souci de confrontation directe avec la réalité brute, Vdrey installe une ambiance pesante et réalise des interprétations d’actes de perversions et de tortures mentales ou physiques, inhérentes à l’individu qui a le désir de vivre et de prendre des risques. L’idée est que la souffrance fait partie de l’existence et que refuser de l’accepter est plus malsain que la mise scène elle-même. Un concept philosophique en accord avec l’idée que le bonheur est une dictature. Le sentiment d’être heureux devient une obligation dans notre civilisation, à tel point que cette culture du bien être devient une charge et une pression sociale. « Tu n’es pas un être aboutis si tu n’es pas épanouis dans ton métier, si tu n’as pas un bel appart décoré façon Valoche et si tu n’as pas fait de beaux enfants ingrats et bien propres ». Et pire que tout, la société nous enseigne qu’il ne faut absolument pas fréquenter des personnes malheureuses. La dépression pourrait être contagieuse, mieux vaut fuir loin en leur balançant des antidépresseurs.

Bref, si Vdrey insiste sur une mise en scène aussi déstabilisante c’est avant tout dans un souci de mémoire. Schultz fait alors monter la pression à coup de sons bruitistes sur rythme accéléré qui prend aux tripes. Chacun sublime le travail de l’autre et lui offre une dimension plus intense, une démarche de complémentarisme équilibré et qui te fouette la tronche au passage.

 

NLF

 

Bienvenue dans la chronique de Nydenlafée, artiste peintre, illustratrice et plasticienne niçoise.

Ici, on rend à ces art ce qui appartient à ces art, vous l'aurez compris, votre hôte parle d'art et donne surtout son point de vue.

Nydenlafée, rédactrice en chef du fanzine l'artocrate, n'aime pas poser ses pieds nus sur le tapis de bain mouillé, elle voue un culte au thé et au café et aime palabrer pendant des heures sur des sujets alambiqués.