Roxane Petitier en scène

Rendre à ces arts ce qui

appartient à ces arts.

Chronique du 07 Mars 2014 "Roxane Petitier en scène".

La flamande (autoportrait)

Série La course du temps (work in progress) © Roxane Petitier.

Petit gabarit mais gros background, du haut de ses trois fois cinquante centimètres et de ses presque 20 ans de photographie, Roxane Petitier s’impose aujourd’hui comme une artiste incontournable du milieu culturel niçois. Où que l’on tourne la tête, il y a du Roxane partout, dans les kiosques à journaux parmi les artistes du magazine Réponses Photo du mois de Mars (n°264), dans le n°506 du magazine PHOTO au mois de Janvier, où elle remporte le prix du « plus grand concours photo du monde » dans la catégorie portrait (rien que ça), l’an dernier elle «assassinait» Narcisse dans une performance lors de son exposition chez Vin de terre à Nice pendant le festival de la Saint Narcisse et aujourd’hui, Roxane est au programme de la 6ème édition du festival « Femmes en scène » du 7 au 16 Mars 2014.

En matière d’art, Roxane est un peu une « touche à tout ». Dès l’âge de 3 ans elle pratique la danse, enfant elle s’essaie au dessin en reproduisant des photos et en réalisant de petites BD, au Lycée elle découvre le théâtre et développe un talent pour la danse contemporaine et l’expression corporelle.

A 17 ans elle reçoit son tout premier appareil photo argentique et réalise des portraits en noir et blanc. Déjà dans un mécanisme de recherche, elle tourne ses réflexions sur l’esthétique du corps, le morcelle, le fragmente, jusqu’à essayer de briser les barrières qui l’entrave, l’idée est de sortir du cadre et d’illustrer l’expression en jouant avec le cadre de la photographie.

Elle passe à la couleur en 2003 avec le numérique et fait sa première dans un petit café à Paris. Mais cela ne sonne pas pour autant le coup d’envoi. Roxane, à l’époque, fait des études dans la médiation culturelle et considère la photographie comme une passion cathartique et ne l’imagine pas comme son dessein futur. Son désir est de travailler pour les artistes et de leur créer des outils médiatiques. Ce n’est pas pour autant qu’elle laisse passer l’occaz’ d’exposer son travail au Centre Culturel d’Achères où elle photographie une vingtaine de participants. Déjà à ce moment, Roxane place le corps et le cheveu en tant que sujet pour parler de faits de société et de rapport à l’image de soi. C’est le point de départ de futures recherches sur la représentation sociale et la notion de temporalité.

 

Morcelée © Roxane Petitier, 2004.

Aujourd’hui Roxane travail à Nice, où elle s’installe en 2007 et se place dans une branche de photographes contemporains qui utilise l’image comme outil de délation d’un système problématique. A travers le portrait et un esthétisme proche des clichés de mode, elle dénonce l’absurdité de certains idéaux sociaux qui nous enferment dans des carcans, tel que le rapport à soi, l’appartenance culturelle et les tabous portés sur le corps humain.

En 2010, elle élabore sa série de photographie « mouvement anthropomorphique », des diptyques unis dans le même cadre avec la magie du numérique, où elle met en relation, dans une ambiance clair-obscur, le corps humain avec des artefacts préhistoriques de terra Amata. En manipulant les ossements de nos ancêtres de l’âge de pierre, elle confronte le contemporain à l’ancien, comme si, finalement, nous n’étions pas si différents d’il y a deux-cent mille ans. Roxane joue alors sur la notion de temporalité et dépasse la fonction de photographe en se dirigeant vers la recherche expérimental de l’art contemporain.

 

L’expérience s’étend ensuite vers un autre terrain de jeu, Roxane développe une esthétique picturale proche de la peinture pour mettre en scène des séries de portraits où le modèle pose dans des parures de la renaissance.

C’est l’apparition de sa série « Nouvelle ère », une réflexion toujours portée vers la notion de temporalité, mais qui pousse le message du code social et de l’appartenance culturelle encore plus loin. Les clichés sont exposés en diptyques, le modèle pose une première fois dans sa parure ancienne pour ensuite détacher sa coiffe et laisser sa chevelure libre dans une deuxième prise. L’abandon de la coiffe reflète une nécessité pour l’être humain de s’émanciper du jugement et des fondements sociaux obsolètes pour favoriser l’évolution de son mode de pensée.

Les cheveux, ont toujours eu pour Roxane une forte symbolique concernant la place sociale de l’individu et son rapport à la spiritualité, s’ils sont coiffés, cachés ou non. Mais au-delà de la narration, la jeune photographe travaille en accointance avec ses modèles. Pour illustrer l’abandon des entraves psychologiques, le cliché doit être pris au moment où le sujet se libère totalement de ses barrières et lâche prise. Roxane fait donc un réel travail sur l’humain, avec son modèle, pour arriver à choper l’expression parfaite et l’émotion liée à l’instant.

« J’ai l’impression de faire de la photothérapie avec beaucoup de modèles. »

 

 

 

 

Molaire d'éléphant antique / Humaine d'aujourd'hui

Série Mouvements anthropomorphiques © Roxane Petitier, 2010.

Diptyque du Consul turc.

Série Nouvelle ère © Roxane Petitier, 2012.

Dans une démarche expérimentale, Roxane ne fait pas de la photo qu’un support visuel figé. Toujours en recherche de moyens d’expression alliant son métier à sa première passion, la danse, elle met en place des performances artistique en « tricémédium »* alliant photographie, vidéo projection et expression corporelle en live. Cela l’amène encore une fois à travailler sur le thème du temps mais cette fois-ci dans un espace multidimensionnel où la narration est portée par la mise en scène.

Aujourd’hui Roxane travaille en collaboration pour la réalisation de ses perf’, notamment avec Chris Farmer. Ensemble ils ont programmé une performance interactive pour le festival Femmes en Scènes de cette année, le Vendredi 14 Mars au Théâtre Francis Gag à Nice, à 18h30. L’événement promet d’être un véritable spectacle-happening, l’espace sera transformé en matière sonore et visuelle évolutive, le public, catapulté au cœur de la machinerie, sera soumis aux aléas du hasard puisqu’une bonne part de la représentation est laissée à l’improvisation, rendant cet instant complètement unique.

 

Travaillant énormément à l’instinct, Roxane Petitier est une jeune femme ayant appris à s’écouter. Confrontée bien trop souvent aux jugements fallacieux d’autrui, elle a rapidement compris que l’art était un outil permettant de faire évoluer la pensée sociale. « Je suis une boulimique de création » m’a-t-elle révélée. Et à l’heure où la télévision favorise l’anorexie culturelle, confronter mon regard à son travail fut une véritable bouffée de libération.

 

NLF

 

Website : www.roxanepetitier.com

News blog : http://mesmirettes.tumblr.com/

Photo Blog : http://photoroxane.tumblr.com/

Facebook: facebook.com/roxanepetitierphoto/info

Projet participatif: www.nofuture-nolimit.com

 

Actue:

Expo collective Jean Moulin le galeriste

Barclays de Nice/Cagnes jusqu'en avril

 

Pause photo-chorégraphique

Shooting détente tout en douceur et en intimité

15 mars 13h à 18h

Théâtre Francis Gag

Femmes en scènes

 

*Tricémédium : mot du dictionnaire nydilésien, nom tirant son étymologie du terme « tricéphale » (qui a trois têtes) et du mot médium (moyen de communication entre deux dimensions, support de production), exprime d’alliage de trois formes d’expressions visant à communiquer un message.

 

 

Bienvenue dans la chronique de Nydenlafée, artiste peintre, illustratrice et plasticienne niçoise.

Ici, on rend à ces art ce qui appartient à ces art, vous l'aurez compris, votre hôte parle d'art et donne surtout son point de vue.

Nydenlafée, rédactrice en chef du fanzine l'artocrate, n'aime pas poser ses pieds nus sur le tapis de bain mouillé, elle voue un culte au thé et au café et aime palabrer pendant des heures sur des sujets alambiqués.